L'homme moderne est avide de nouveauté.
Derrière le voile de la nouveauté se cache l'ennui que provoque
nécessairement tout type de jouissance matérielle. En effet, lorsque
l'on jouit du monde et de ses attributs, cette jouissance est toujours
de courte durée. L'homme poursuit donc les chimères de la nouveauté
pour penser jouir toujours de nouvelles facettes du monde matériel. Il
ne réalise pas qu'ainsi, il s'égare, il s'enfuit.
- La vie présente n'est que jouissance trompeuse.[1]
Derrière le voile de la nouveauté se cache une confusion entre la
nouveauté et le changement. Car, si le monde matériel change, cela ne
signifie pas que ce changement soit nouveauté. Au niveau des hommes,
rien n'a changé depuis des siècles : ils sont les mêmes, et ainsi en
est-il des hommes de Dieu qui sont dans le monde. Chaque siècle, sous
l'apparence du changement, n'apporte aucune nouveauté, mais seulement
des reformulations plus ou moins fausses des éternels problèmes
matériels des humains.
- Ni vos biens ni vos enfants ne vous rapprocherons à proximité de Nous.[2]
Derrière le voile du changement se cache la peur, car le changement
est dans le monde matériel et dans l'homme matériel, dans son corps et
dans son esprit. L'homme a peur de ce changement car rien des biens
matériels qui lui sont acquis ne le sont pour l'éternité. Cette peur
est la peur de la mort.
- Combien de générations, avant eux, avons-Nous fait périr, qui les surpassaient en biens et en apparence ?[3]
Derrière le voile de la peur de la mort se trouve la construction
des idoles. Les idoles de la non permanence, dès qu'elles sont crées,
sont aussitôt vénérées dans leur apparente nouveauté. Puis, elles sont
vite remplacées par de nouvelles idoles. Accepter cette peur de la mort
comme une décision intellectuelle, c'est se vouer à l'oubli de soi,
c'est vouer un culte aux idoles désignées de la non permanence.
- Et ils assignent une partie [des biens] que Nous leur avons attribués à (des idoles) qu'ils ne connaissent pas.[4]
Derrière le voile de l'acceptation intellectuelle de la peur de la
mort se trouve l'attirance de l'homme pour la Permanence, attirance que
son nafs lui masque le plus souvent.
Pourquoi l'homme avide recherche à accumuler des biens
matériels, parmi lesquels on trouve la renommée ou le pouvoir ? Parce
qu'il suppose qu'il pourra jouir sans fin de ses biens, ayant oublié en
son coeur son état mortel d'être matériel. Il s'égare dans ses buts
mais sous le voile de cet égarement se trouve le besoin de l'homme de
chercher cette permanence. L'égarement réside dans le fait qu'il
cherche cette permamence dans le monde matériel, à la seule source qui
ne la lui procurera jamais. Il cherche un secours dans les illusions du
monde afin de garantir cette permamence. L'égarement de l'homme avide
est empli d'enseignements.
- Quel est celui qui constituerait pour vous
une armée [capable] de vous secourir, en dehors du Tout
Miséricordieux ? En vérité les incrédules sont dans l'illusion complète.[5]
Or, la seule Permanence est Allâh, le Contraignant, le
Miséricordieux. Ami, reviens à Allâh si tu cherches la permanence. Il
n'est de permanence qu'en Lui. Tout le reste n'est que voiles.
Le Voie n'a jamais changé, elle est ouverte aux derviches, elle
est bâtie sur la Permanence du message transmis par Muhammad (la paix
et le salut soient sur lui).
- Or, jamais tu ne trouveras de changement dans la règle d'Allah, et jamais tu ne trouveras de déviation dans la règle d'Allah.[6]
- En vérité, les bien-aimés d'Allah seront à
l'abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés, ceux qui
croient et qui craignent [Allah]. Il y a pour eux une bonne annonce
dans la vie d'ici-bas tout comme dans la vie ultime. - Il n'y aura pas
de changement aux paroles d'Allah -. Voilà l'énorme succès ![7]
- Coran, LVII, 20.
- Coran, XXXIV, 37.
- Coran, XIX, 74.
- Coran, XVI, 56.
- Coran, LXVII, 20.
- Coran, XXXV, 43.
- Coran, X, 62-64.