Navigation

Le sens de l'instant

Les savants de notre monde veulent occuper notre présent, ils veulent meubler notre instant de préoccupations sur les conséquences d’actes passés, et sur des inquiétudes futures. Comme dit notre maître Rûmî, il n’y a pas d’inquiétude, mais de la crainte, et le fait de penser que la crainte est inquiétude est une perversion de la raison.

Ces savants ne comprennent pas qu’ils ne connaissent tout simplement pas les actes passés comme Allah les connaît, tout simplement parce qu’un acte ne se « connaît » que lorsque l’on connaît les intentions qui l’accompagnent. Ainsi, ils tentent de déterminer les conséquences logiques d’un acte qu’ils ne connaissent pas et s’en inquiètent pour leur futur. Leurs prédictions sont fausses la plupart du temps, ce qui accroît leur inquiétude. Car ils se sont trompés à la base.

Ce rappel des actes passés et ces inquiétudes sur le futur, scandées dans le moment, les savants l’appellent aujourd’hui l’« information ». Autrefois, l’« information » aussi existait sous d’autres noms comme « ragots », « rumeurs », « nouvelles », etc. L’information est un moyen pour eux d’occuper le présent, de meubler l’instant. Comme l’instant change, il faut que l’information change aussi, aussi vite que l’instant. Quelle course folle à une prétendue nouveauté !

Or, l’information est un conditionnement, dans la mesure où tout le monde reçoît le même message à assimiler au même moment et que l’espace de la raison personnelle est inexistant. Car, même si on nous suggère que nous pouvons « raisonner » sur cette information, tout « raisonnement » apporte l’inquiétude. Pourquoi cet espace est-il inexistant ? Parce que les faits ne sont pas connus par ceux à qui on conte une histoire du monde qui, tout en donnant l’impression de changer tout le temps, n’en finit pas de se répéter et de ne rien dire.

On pourrait dire que si l’information était une escroquerie, le monde le saurait. Voilà encore un raisonnement faux. Car le monde d’Allah est un monde différencié ; certains le savent et d’autres ne le savent pas. Et ceux qui le savent ne sont pas toujours enclins à dire qu’ils le savent à ceux qui ne le savent pas.

Mon instant est différent de celui de du savant. C’est un instant dans lequel Allah est à mes côtés, et non comme le savant pourrait le comprendre avec des théories. Il est dans mon souffle et non dans ma raison. Mais qui dit hors de la raison, ne dit pas forcément dans l’imbécilité ou dans la folie. Toutes les noix sont rondes mais toutes les choses rondes ne sont pas des noix.

Le savant ne peut pas comprendre car il pense en terme de problèmes et de solutions. Il passe donc son temps à chercher les problèmes, à créer des problèmes là où il n’y en a pas, s’il le faut, pour « comprendre ». Il ne pense pas pouvoir appréhender le monde autrement que par la résolution des problèmes qui se posent à lui. Bien sûr ce canevas de pensée est désastreux, car il implique morale et inquiétude.

Ce mode de fonctionnement est la matrice de la pensée occidentale. Dès que le savant ne doit plus penser en termes de problèmes et de solutions, il se sent inutile, il se sent perdu, il a peur, il ne pense plus avoir de prise sur le monde. Comme si un jour il en avait eu une !

Voir le monde de cette manière est un conditionnement qui mène forcément à l’inquiétude dans l’instant. Car il y a toujours un problème, à commencer par celui de ta propre mort, qui motive tes autres problèmes et ton propre empressement de vivre dans la course. Pour celui qui sait, ce problème n’en est pas un. Pour le savant, il est la source de toutes les autres craintes.

Parfois, il n’y a pas de problème, ou le « problème » ne peut pas s’exprimer avec des mots. L’absence d’Allah, l’absence de Son amour, est le seul problème que l’homme devrait avoir, car l’absence d’Allah crée la mécréance et l’hypocrisie, sauf pour les cœurs purs qu’un jour Sa lumière ouvrira. N’avons-Nous pas ouvert pour toi ta poitrine ?

L’instant est occupé par la lumière d’Allah, lumière qui vibre. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. La prière t’amène à cet instant où ton cœur vibre sans que la raison du savant ne vienne troubler ta paix.