Ami, assieds-toi auprès de moi et contemple le monde autour de toi. Parfois, ferme tes yeux et écoute les bruits du monde, laisse-les entrer et te traverser, écoute-toi respirer, remplis ton âme des parfums des montagnes enneigées qui te font face. Le monde est là, comme il est, comme il a toujours été, comme il sera toujours. Tu vois l’agitation autour de toi, les regards emplis de peur, les actes démesurés, les réactions violentes, les passions inutiles. Cela a toujours été. Soulève le voile des mots que l’on prononce autour de toi et plonge dans ce qui est, au delà des mots. Regarde-les bien. Ils parlent d’amour, mais savent-ils seulement ce qu’est l’amour ? Ils pensent à l’argent, ils sont jaloux, ils sont agressifs, ils accumulent des biens matériels et ont peur de les perdre, ils vivent dans l’absence de conscience et de confiance, ils vivent dans les idoles de la pensée, dans des raisonnements sans début ni fin, dans des labyrinthes de peines et de tourments. Ami, assis à mes côtés, tu es sorti de ce labyrinthe, tu es en dehors de leurs préoccupations, tu regardes avec les yeux ou le cœur se dérouler leur grande tragédie. Car ils aiment la tragédie, ils s’en délectent, ils la goûtent et la mettent en scène. Leurs icônes vénérées sont des images de la tragédie. Quand on oublie le Tout Miséricordieux, on ne trouve de la profondeur que dans la tragédie, on ne fait que valoriser les ordures, on ne chante que les refrains des êtres conditionnés. Qu’il est pourtant facile de sortir de ce marais dans lequel tant de personnes rabâchent avec désespoir les contraintes que eux-mêmes s’imposent, jour après jour. Mon ami, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils ne se posent pas la question, ils sont leurs propres bourreaux, ils agissent de façon automatique, ils reproduisent encore et encore les mêmes actes et se consternent encore et encore de faire face aux mêmes fâcheuses conséquences. Toi, tu regardes sans un mot, la bouche sans lèvres et sans sourire. Ami, reste encore près de moi. Ton souffle est si précieux que ta proximité m’apporte de la lumière, comme une lampe que je ne peux regarder en face. Tu me montres parmi la vie du monde des faces jeunes malgré leur âge, des êtres qui hésitent, comme s’ils ne savaient pas vraiment dans quelle direction aller. Un murmure de ta part et leur destin pourrait changer. Oui, il y a des êtres différents, car tous ne se contentent pas de la tragédie des masques. Cette tragédie est le monde de beaucoup d’hommes et de femmes, le monde comme il est. Après une seconde avec toi, j’ouvre les yeux de nouveau. Rien n’a changé, rien sauf moi, qui suis plus proche de toi encore qu’auparavant. |