Ami, regarde autour de toi les personnes à la vie stable, les personnes aux idées stables. Elles ont des affects qu’elles ont cultivés comme autant de biens précieux. Des affects envers des idoles. Celle-ci cultive les liens sociaux, l’apparence, une belle table pour des amis de la bonne société. Regarde bien le monde et ces personnes. Elles sont une source d’expériences inépuisable, une source d’humilité infinie. Elles ont une chose en commun : elles ont bâti autour d’elles-mêmes un monde fait de fantasmes. Elles ont habillé ces fantasmes d’affects, elles ont cultivé et ont légitimé leur perversion, la portant parfois au stade d’un artisanat précis. Elles se sont construit un enfer personnel, qu’elles aiment plus que tout, qu’elles adorent au lieu d’adorer Allah, et qu’elles haïssent au plus haut point parce qu’elles ne peuvent en sortir. Combien d’entre elles sont prêtes à faire un pas pour en sortir, un seul pas, dans n’importe quelle direction ? Toi, tu ne peux argumenter en leur faveur, tu ne peux las aider. Dieu les a égarées. L’amour pour leur enfer est leur seule attache à l’humanité. Le mettre en doute reviendrait à se détruire dans ses plus intimes fondements. Si tu le tentais, on t’accuserait de blasphème, on verrait en toi un rhétoricien, on te jugerait, on t’excluerait, voire on te violenterait, on chercherait à te faire du mal. Le simple fait de décrire cet enfer attire la foudre et l’incompréhension, et pas seulement de ceux qui vivent dans ces enfers. Tu les verras adorer leur enfer, refouler leur souffrance, accuser le monde d’avoir les travers insupportables de leur enfer personnel. Tu les verras se battre entre elles, se déchirer, pour savoir laquelle vit dans un enfer vrai alors que l’autre vit dans un enfer faux. Tu les verras tenter de te faire entrer dans leur enfer, de te faire partager leurs visions erronées de la réalité, de te faire la faveur de partager la chose la plus précieuse pour eux : leur enfer personnel. Car l’enfer personnel étant un lieu d’une horrible solitude, un lieu déserté par l’Amour, un lieu de simulacres vides et secs, un lieu aride comme le désert, un lieu de mots et de constructions froides, il est toujours tentant d’y attirer quelqu’un d’autre pour rompre sa solitude, dans le tourment d’une raison incontrôlée. Ami, garde-toi de ne jamais pénétrer dans les enfers des autres. Ami, aime. Recherche la demeure du Très-Haut, de l’Unique, car elle seule est la source éternelle de l’Amour et de la Joie. |