Ami, le passé t’obsède, t’envahit, te pourrit, te mine. Il est en toi comme un ver qui te rongerait les sangs de l’intérieur. Habité par ton passé, tu n’es pas même l’enfant de ton passé. Tu vis dans ton passé. Quand tu parles, la pièce est emplie de personnalités spectrales qui te parlent, redisant les mêmes phrases blessantes encore et encore, et toi te défendant encore et encore de mal réagir. Ton âme entière est entourée par ce combat du moi contre le moi, par ces avatars du moi, par ces empruntes au fer rouge des autres sur ton moi. Tu as gardé des autres ces traces, ces blessures, mais ces traces et ces blessures vivent en toi, elles bougent, elles parlent, elles ont une face et une énergie. En enregistrant les actes de tes bourreaux, tu es devenu un bourreau de toi-même, tu rejoues en toi les mêmes scènes du passé, tu remets en scène encore et encore les moments de ta souffrance en espérant y lire quelque fait nouveau. Mais rien n’est nouveau. Seulement, tu t’es oublié, tu as croulé sous le poids de ton passé. Tu as laissé les spectres te hanter. Il te faudra un jour crier cette souffrance, expurger cette noirceur qui affadit ton aura, couper les liens avec les spectres en toi, laisser parler ton cœur. Peu importe que ces spectres aient une image dans le monde matériel, ce sont tes spectres et tu dois t’en déposséder. Ces spectres, tu les hais et d’autant plus que tu les aimes profondément. Tu ne te permets pas de les haïr pour ce qu’ils t’ont fait, tu leur trouves des excuses de te tourmenter. Tu t’accables d’une faute qui est la leur mais que tu trouves honteux de leur attribuer. Tu préfères la facilité de t’en accabler, toi. Tu voudrais comprendre leur cruauté envers toi et en porter la faute, l’attribuant à un de tes actes passés que tu aurais, mystérieusement, oublié. Mais cela ne fonctionne pas. Chercher cette faute imaginaire chez toi n’est qu’un moyen d’occuper ton esprit à ne pas les accabler tandis que leurs spectres te dévorent. Ce n’est qu’une façon pour toi de refuser de voir la vérité dans sa laideur, de refuser de voir le côté laid des spectres qui te rongent. Ces spectres, tu ne les as jamais regardés en face, dans les yeux. Tu as toujours détourné le regard sous l’impulsion de ta raison, alors que ton cœur souffre et que ta raison ne lui permet pas de s’exprimer. Car, n’oublie jamais que ton cœur n’a jamais tort et ta raison est souvent la cause de ton tourment. La raison écrase le cœur jusqu’à ce que ce dernier la possède brutalement et la fasse exploser en morceaux. Ces spectres, tu les as toujours confondu avec leur image physique, alors qu’ils ne sont que des spectres, incomplets, agressifs vampires assoiffés du sang de ton moi, habitant dans ton moi. Ces spectres, ils sont une partie de toi, c’est pourquoi tu as du mal à les extirper. Pour ton cœur, ce sont des spectres ; pour ta raison, ce sont des êtres aimés ayant des circonstances atténuantes. Tu voudrais les garder inconsciemment pour toujours, car vivre sans eux te fait peur. Tu penses que la douleur connue vaut mieux que le chemin vers ton moi. O insigne erreur ! O manque de foi ! Ces spectres te cachent la lumière de Dieu, la lumière de ton moi propre, ce moi qui n’est qu’un voile. N’ait pas peur : ton âme se cache derrière ce moi rongé de spectres, pure et immaculée. Progressivement, armé d’une pince, tu extirperas les spectres de ton moi, tu élimineras ces séquences de vie passée dont la charge est négative. Dans ce chemin, tu passeras par un moment de polarité nulle puis te rechargeras vers le positif. Le moi est comme une pile, sais-tu, il a des polarités. Plus il est chargé, plus il est énergique. Plus il est chargé positivement, plus il est vecteur d’amour, plus proche tu es de Dieu. Plus il est chargé négativement, plus tu es chargé d’orgueil, de rancœur voire de haine, plus tu es proche du mal. Ce moment de polarité nulle est un genre d’hébétement, un instant suspendu hors du temps, hors de la dynamique, hors du mouvement, un moment où tu es libre de choisir son chemin. Tu es dans le jardin suspendu de l’âme, tu es absence aux autres, équilibre du néant. Tu comprendras alors pourquoi certaines gens te font frissonner de malaise et pourquoi tu es attiré par d’autres gens. Le moi attire le moi si la polarité est la même ou si l’énergie est très forte pour chacun des moi. Quand le moi est très fort en énergie, il est parfois difficile de saisir de quelle polarité il est. Parfois, il change de polarité rapidement, comme un ciel s’assombrit sous les nuages noirs de l’orage. Les spectres en toi mangent ton moi en te précipitant vers les polarités négatives. Si tu ne contres pas leur effet, tu finiras par faire le mal autour de toi, un mal à la mesure de la noirceur de ton moi. Le salut est devant tes yeux, dans le présent. L’onde du présent est la force pure de ce qui est. Dieu est au présent. Le passé est l’invention de l’homme, tout comme le futur. Dieu est dans ce qui est. Si tu t’ouvres à cette force de ce qui est, si tu ouvres ton cœur au présent, tu ouvres ton moi au vent de lumière, aux courants d’amour, à l’incroyable puissance de ce qui est et que tu ne maîtrises pas. Ton cœur ouvert à l’énergie de Dieu, tu laves ton moi des scories spectrales. Ton moi peut-être à cette occasion se rétractera pour se prosterner devant tant de puissance. Peut-être aussi entreverras-tu ton âme unique. Baigné dans la puissance sans limite du présent, dans l’énergie pure prise à sa source, tu seras transporté sur les rives divines dans des ondes d’amour, purifié des spectres lointains et ramené à ta minuscule condition. Vis le présent de ton âme. Et gloire à Lui de nous ouvrir ce chemin possible. |