Comme tout soufi ou apprenti soufi, je vis intrinsèquement une ambiguïté inconnue de la plupart des personnes qui m’entourent, et incomprise de ces dernières lorsqu’elles y sont confrontées. Cette ambiguïté est simple : les mots que je prononce ou écris se rattachent à la Vérité, ou à l’approche de la Vérité. Pour des oreilles forgées dans le mensonge, la dissimulation, la mise en scène, pour des oreilles habituées à associer de faux sens à des mots vides, pour des oreilles confondant l’affect et l’analyse, le discours est totalement incompréhensible. Du fait de l’emploi de mots simples, parfois, le discours apparaît même comme un discours niais, un peu idiot, sans profondeur, comme si je faisais dans la tautologie. Les soufis vivent naturellement cette différence, cette ambiguïté, sans jeu ni composition, dans la loi d’Allah. Ils ont longtemps été soupçonnés de garder un "grand secret", ce qui, en un sens, est vrai, mais dans un "sens" qui, déjà, est une partie de ce secret. Le mot de "secret" était une représentation de cette incompréhension, vue par des non soufis. Le mot était nécessaire pour ceuix qui ne pouvaient vivre sans désirer maîtriser le phénomène ou le cataloguer ou le faire semblant de le connaître. Aujourd’hui, en occident, le soufi peut vivre tranquillement, à l’écart, car il est cerné de blasés, formatés par la télévision et la science, lesquelles ont soi-disant réponse à tout. C’est cette "zone limite" qui est mon refuge, cette zone limite, cet univers lumineux dans lequel se révèle la Grandeur et la Majesté d’Allah. Gloire à Toi Allah d’accompagner mes pas sur Ta voie de lumière ! Accepte les humbles hommages de Ton serviteur ! |