Aujourd’hui, j’ai reçu une lettre de mon père. Je me suis récemment brouillé avec lui, avec ma mère et mon frère par la même occasion. Lui parle en son nom propre avec des formulations définitives pleines de sous-entendus. Mon père n’a jamais su parler, car il ne sait pas écouter. Plaise à Allah qu’il puisse un jour ouvrir son cœur ! Sa lecture de ma précédente missive est comme toujours très étonnante, du moins quant aux conclusions qu’il en tire, aux formulations pernicieuses qu’il emploie. Point de doute en lui. Il a toujours détenu la vérité, il la détiendra toujours. Néanmoins, il m’accorde le fait d’en avoir d’autres, de manière théorique, car sa lecture de mes actes a toujours été venimeuse, car non dite par devant, mais débattue lors de mon absence. L’essentiel de ce qu’on me reproche est la gestion de ma vie privée. Lorsque j’ai décidé de changer de vie au risque de passer pour un paria social, des personnes avisées sont venues me donner des leçons afin de me faire comprendre que j’étais dans l’erreur la plus totale, que j’étais un être méprisable et je faisais preuve d’un manque de courage inacceptable en n’acceptant pas de vivre des choses mauvaises pour moi au nom de grands principes inviolables. Ces personnes virent en moi l’archétype de celui qui allait vers une certaine liberté, liberté que eux n’avaient pas dans leurs couples en plein naufrages. Par jalousie, ils me jetaient de pleines brouettes de principes sociaux afin de me détruire. Mon père fut le premier d’entre eux. Et l’un des derniers. Mon père m’a privé d’un frère, en positionnant ce dernier très tôt dans un mode de compétition avec moi. J’étais jeune et n’y accordais pas d’importance, la compétition m’ayant toujours semblé vaine. Mon frère, lui, vit au dedans de cette compétition depuis son plus jeune âge. L’âge adulte sera pour lui l’âge de tous les dangers. Allah, si tu entends ma prière, fais que s’il connaît l’éveil un jour, que cet éveil ne soit pas trop dur ! Je T’en prie, fais qu’il ne bascule pas dans des affres telles qu’il puisse se passer l’irrémédiable ! Fais que mes intuitions et peurs soient infondées, ô puissant des puissant, toi le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ! Que Tu me donnes aussi la présence d’esprit de ne pas arriver, un jour, à cette posture de rigidité extrême, à cette vitrification de l’âme emplie d’images d’un autre âge : l’homme qui ne montre pas ses sentiments, qui parle au nom de sa femme, qui est ferme dans ses principes même vis à vis de son propre fils ainé, qui est le garant de barrières que lui-même n’a cessé d’entretenir, au nom du culte du passé. Allah, donne-moi la force de continuer ces remises en question de ma personne face à Ta grandeur ! Mon père, je pense que tu n’a pas compris. Mon père, tu es une personne comme les autres pour moi, aussi étrangère. Que la paix d’Allah soit sur toi ! Et qu’elle soit aussi sur celle qui m’a porté et qui a cru bon de faire représenter sa parole ! Que la paix d’Allah garde mes pas, qu’Il m’ouvre les portes de Son coeur sublime ! |