Un soufi se promenait sur la plage avec un de ses disciples, fraîchement arrivé de la ville. Ce dernier lui dit :
— Sheikh, vois-tu, j’ai fait le tour des livres et de la
connaissance. J’ai beaucoup travaillé les problèmes de la science
religieuse et des mathématiques, j’ai creusé pour en trouver les
fondements. Et là, je n’ai trouvé que de la poussière.
Le Sheikh sourit.
— Vois-tu ami, les connaissances des livres sont comme ces
coquillages dans le sable de la plage : ce sont des coquilles vides. On
trouve deux types de savants : ceux qui ne distinguent pas que ces
coquilles sont vides et qui prennent la forme pour de la substance,
pour du sens ; et ceux qui, comme toi, ont reconnu la coquille vide et
croient qu’elle ne peut être pleine.
— Mais comment pourrait-elle être pleine, grand Sheikh ? Et comment le prouver ?
— Regarde la mer. Au fond de cette mer, dans des endroits
inaccessibles que tu ne peux imaginer, des coquilles comme celles que
tu vois sous tes pieds portent la vie. Les coquilles vides de cette
plage sont des souvenirs de cette époque.
« Les hommes ne vivent, bien souvent, que sur la plage : ils voient des
coquilles vides, prennent leurs formes pour du sens et imaginent que
ces dernières sont arrivées là par hasard. Ils ne peuvent comprendre
qu’elles ne sont qu’un souvenir du sens réel des choses, sens qui peut
être découvert, non au travers des coquilles vides que tu connais mais
dans d’autres coquilles, pleines cette fois.
— Le soufi est-il alors un savant ?
— Non, pas comme tu l’entends, même si c’est le plus grand des savants.
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