— Sheikh,
comment se fait-il que les gens se dressent les uns contre les autres
de la sorte, qu’ils s’unissent en des foules hurlantes, qu’ils crient
contre des images ?
— Chacune de ces personnes a été égarée
par Allah, a refusé ses signes, préférant le confort matériel tiède
mais sécurisant aux vents parfumés de l’épanouissement dans l’existence
d’Allah. Le Coran ne dit-il pas (18:17) : Celui qu’Allah guide, c’est lui le bien-guidé. Et
quiconque Il égare, tu ne trouveras alors pour lui aucun allié pour le
mettre sur la bonne voie.
« Toutes ces personnes ont été égarées. Elles ne savent pas qu’elles existent en dehors de la société dans laquelle elles vivent ; elles ne savent pas qu’Allah les a faites pour qu’elles pensent par elles-mêmes ; elles ont renié Allah et se croient plus libres, alors que c’est le contraire : renier Allah, c’est être perdu, c’est n’avoir plus de guide, c’est errer sans boussole dans le vaste monde, c’est suivre n’importe quel imposteur au vu de ses atours, c’est suivre la réputation des hommes. Renier Allah, c’est renier la Liberté, c’est renier l’Amour, renier la Lumière, c’est tout le contraire d’être un humain libre, c’est tout le contraire d’être tolérant envers ses frères. Renier Allah est une impasse, une prison. « Le Coran dit ainsi (2:28) : Comment pouvez-vous renier Allah alors qu’Il vous a
donné la vie, quand vous en étiez privés ? Puis Il vous fera mourir ;
puis Il vous fera revivre et enfin c’est à Lui que vous retournerez.
« Mais les croyances de ceux qui
renient Allah ne vont pas loin, tout comme leurs actions. Elles sont
comme l’eau d’un arrosoir que l’on verserait dans le désert. Le Coran
en parle en ces mots (24:39) : Quant à ceux qui ont mécru, leurs actions sont comme un mirage dans une plaine désertique que l’assoiffé prend pour de l’eau.
— Mais Cheikh, ces personnes prétendent penser par elles-mêmes et accusent les autres d’être conditionnés. — Elles le prétendent en effet, et elles pensent avec leur raison, c’est vrai. « Mais leurs pensées ne sont que des contorsions intellectuelles pour rester dans les modèles de conditionnement qui leur ont été inculqués. Ils rabâchent, réordonnent leurs préjugés, mais ne pensent pas avec le cœur. Aussi, à la première occasion, ils suivent la meute et hurlent avec les autres chiens. — Moi aussi, j’ai été conditionné. Comment se fait-il que j’aie rencontré la Voie ? — Allah est le plus grand - qu’Il soit exalté ! Allah t’a montré la voie. Il t’a fait réaliser que la pensée de l’esprit n’est rien sans la pensée du cœur, rien sans la pensée de l’être que tu es et au travers duquel les autres se reflètent. « Les gens qui haïssent ont perdu leurs
repères. Ce sont des fantômes d’eux-mêmes, des potentiels non
développés, rappelant de très loin l’humain qui dort en eux. Ils
préfèrent mourir pour une idée qu’aimer leurs semblables dans lesquels
l’image d’Allah réside. Car l’image d’Allah est partout. Ainsi le dit
la Bible (Exode 3:14) : Allah dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il
ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui
s’appelle "je suis" m’a envoyé vers vous.
— Sheikh, quelle leçon tirer de tout cela ? — Les leçons sont comme autant de voiles que nous levons sur les faits à mesure que nous progressons dans la Voie. « L’être humain ne doit se forger aucune idole, ni concrète, ni abstraite. Il ne doit pas placer sa raison au service d’une idéologie haineuse, mais il doit user de sa raison pour la lecture ésotérique du monde, en accord avec son cœur, dans l’amour d’Allah. Beaucoup pensent que cet accord est impossible mais ils se trompent. Une fois encore, ils pensent ; mais n’ont pas expérimenté. « Quand on ne connaît pas la saveur d’une cerise, on ne peut imaginer qu’elle ait un goût aussi particulier. On peut même prétendre qu’un tel goût n’existe pas, voire que la cerise n’existe pas si on n’a jamais vu ce fruit. Quand on a goûté à la cerise, on sait que ce goût existe et qu’il n’a pas d’équivalent. « Bien piètres certitudes que celles de celui qui pense. Grandes sont les certitudes de celui qui vit et a vécu, à commencer par celle de ne pas « savoir ». « Lis le Coran, le livre révélé, image de Mohammed (la grâce et le salut soient sur lui), image de la tolérance, de l’amour, de la force et de la peur qu’inspire la Toute Puissance d’Allah. « Ne deviens jamais comme les personnes de ces foules peureuses ou haineuses. Surtout si le nom d’Allah est bafoué dans des démonstrations de ce type. « Ne deviens pas à ton tour un associateur. Comme l’indique le Coran (3:186) : Certes vous serez éprouvés dans vos biens et vos
personnes ; et certes vous entendrez de la part de ceux à qui le Livre
a été donné avant vous, et de la part des Associateurs, beaucoup de
propos désagréables. Mais si vous êtes endurants et pieux... voilà bien
la meilleure résolution à prendre.
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