Sourate 113 : AL-FALAQ (L'AUBE NAISSANTE)
5 versets - Pré-Hégire
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
1. Dis : “Je cherche protection auprès du Seigneur de l'aube naissante,
2. contre le mal des êtres qu'Il a créés,
3. contre le mal de l'obscurité quand elle s'approfondit,
4. contre le mal de celles qui soufflent (les sorcières) sur les noeuds,
5. et contre le mal de l'envieux quand il envie ”.
Pour le mouride, l'« aube naissante » est le commencement de la voie
d'Allah en même temps que le renouveau. « Meurs avant de mourir »,
disait Muhammad (la Paix et le Salut soient sur Lui). La renaissance
passe par cette aube naissante, la naissance à Allah, à la conscience
d'Allah, par la révélation.
L'aube naissante est symbolique des différents paliers
spirituels que devra passer le derviche dans son chemin vers Allah, des
révélations sur le chemin de la vie vers Allah, des récompenses faisant
suite à la poursuite de comportements exemplaires comme ceux de
Muhammad (la Paix et le Salut soient sur Lui) ou des saints, des
récompenses qui mettent le derviche résolument à Son service.
Quand l'aube naissante surgit, le monde naît sous les yeux du
derviche qui voit la lumière mais en même temps le « mal », à la fois
des êtres mais aussi de l'obscurité des consciences, des superstitions
et des envieux. La révélation « révèle » à la fois la présence d'Allah,
plus près de lui que sa veine jugulaire[1], mais aussi le mal qui est le comportement à ne pas suivre, le mal qui est absence de conscience d'Allah.
Le mal des êtres créés par Lui est le premier danger : ces êtres
possèdent en eux un pouvoir de nuisance et le derviche se doit de les
éviter, de s'en protéger, à la fois par son comportement et surtout par
son discernement, aussi par sa finesse. Car, si ces êtres ont en eux le
mal, c'est qu'ils ont l'absence d'Allah dans leur cœur. Le mal est
cette absence, le mal est vide d'Amour, le mal est oubli du Bien-Aimé.
Le mal est aussi celui des consciences, des superstitions, des
ténèbres de la raison, de la « raison défectueuse » qui n'est pas
absence de logique, mais idolâtrie de principes sans Amour. Ainsi,
combien de fois les sorciers d'aujourd'hui soufflent-ils sur les nœuds
en brandissant leurs livres de sciences ? Les sciences doivent marcher
ensemble avec la Science, la Science d'Allah, ou les trouvailles de
l'intellect se retournent souvent contre l'homme lui-même. La raison
n'est pas autonome, elle est subordonnée à des bases, à des principes
et ces bases sont subordonnées à Allah. L'oublier, c'est vanter la
superstition et favoriser le pouvoir d'hommes sur d'autres hommes. Or,
seul Lui détient le Pouvoir, seul Lui est juge. Allah n'est-Il pas le plus sage des Juges ?[2].
Seul Lui détient la Science. Derviche, garde-toi des ténèbres
magiciennes de ton époque. Car les ténèbres s'approfondissant sont
souvent cachées derrière des voiles singeant Sa lumière.
Reste le mal des envieux, l'envie étant la raison majeure du
mal fait par l'homme à l'homme. L'envie, c'est le désir d'avoir ce que
l'autre a, d'être ce que l'autre est, de faire en sorte que l'autre ne
puisse plus avoir ou être ce qu'il a ou ce qu'il est. L'envie est le
vide d'Allah. L'envie travaille aussi de manière indirecte en plaçant
le but de la possession matérielle plus haut que le respect des hommes
sur le chemin. L'envie est insatiable même si ses fruits sont des
plaisirs de courte durée. Si on cède à ses envies, d'autres envies
viennent et chacune d'elle corrompt un peu plus le coeur d'une rouille
indélébile. L'envie, c'est le culte des plaisirs matériels. On
a enjolivé aux gens l'amour des choses qu'ils désirent : femmes,
enfants, trésors thésaurisés d'or et d'argent, chevaux marqués, bétail
et champs ; tout cela est l'objet de jouissance pour la vie présente,
alors que c'est près d'Allah qu'il y a bon retour[3].
L'envie détourne d'Allah et fait adorer des idoles. Ami, n'ai envie que
de Lui, ne recherche que Lui, n'aie soif que du Bien-Aimé.
Sentier d'entrée en religion, cette sourate nous montre les
premiers obstacles auxquels le mouride est confronté sur la voie
d'Allah, sur le chemin lumineux de la présence du Bien-Aimé. Gloire à
Lui !
- Coran, L, 16.
- Coran, XCV, 8.
- Coran, III, 14.